22 août 2016 ~ 1 Commentaire

Liberté d’expression : oui mais, jusqu’où ?

La question de la liberté d’expression agite la société. Les « jusqu’où ? » ont même parfois conduit dans les classes à des « oui mais… » qui ont ébranlé les enseignants. J’ai envie d’exposer là le fruit de mes constatation.
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Dans tous les débats que j’ai pu observer avec des adultes et des adolescents dans la période de l’attentat de Charlie Hebdo (7 janvier 2015), il revient systématiquement la question de la liberté d’expression et de ses limites…

La liberté d’expression est la possibilité effective de dire, d’écrire ce que l’on pense, de créer (dessin, film etc.) ce que l’on veut, sans la censure d’un pouvoir (politique, religieux…). C’est un droit démocratique fondamental, reconnu comme tel dans une démocratie, qui autorise une expression de ses opinions dans l’espace public (livres, médias etc.).

Cette liberté a comme limite la prise en compte de l’existence d’autrui, sa liberté et la nécessité de vivre ensemble : ne pas diffamer autrui (porter atteinte à son image, sa réputation) ; ne pas inciter à la haine, au racisme, au terrorisme (qui troublent l’ordre public).

Cette liberté prend une coloration particulière en France, pays laïque : le blasphème n’y est plus un délit (contrairement à l’Angleterre, l’Italie…), la liberté de la création artistique est protégée.

La plupart des gens sont d’accord sur le fait qu’il est inhumain de tuer quelqu’un qui ne pense pas comme vous, même si vous pensez qu’il vous a offensé. Il y a disproportion entre l’offense et la « punition » (qui tient plutôt lieu d’une vengeance sauvage). Mais beaucoup aussi soutiennent Charlie tout en n’étant pas du tout d’accord avec certains de ses dessins. La question est alors soulevée de savoir s’ils avaient le droit de les dessiner.

Le problème vient de ce que des croyants (Chrétiens, musulmans etc.) se sentent agressés par des caricatures, des films etc., alors même que celui qui s’exprime ou crée exprime une vision du monde, et n’a pas forcément l’intention de blesser. Ils prennent comme une offense et au premier degré, littéral, ce qui pour les dessinateurs relève du droit d’impertinence, de la satyre, de l’humour, d’un second degré. Ils voudraient limiter la liberté de s’exprimer et de créer au nom du respect de leur religion, de leur différence. D’où les plaintes devant les tribunaux, qui en France tranchent souvent en faveur de la liberté d’expression ou de création, puisque le blasphème n’est pas un délit. Certains voudraient alors changer la loi.

D’autres, y compris des athées, trouvent que certains « exagèrent », qu’il faudrait se réguler soi-même, réfléchir aux conséquences de ses actes (On sait que des caricatures de Mahomet vont entrainer des manifestations, parfois des morts dans les pays musulmans, des réactions violentes en France etc.), se responsabiliser.

D’autres protestent contre ce qui entrainerait une autocensure, une pression stérilisante sur les créateurs. On n’a pas à s’interdire d’exprimer ce à quoi on ne croit pas soi-même (ex : il ne faut pas dessiner, et a fortiori caricaturer Mahomet).

D’où les questions :

- La loi actuelle est-elle satisfaisante ? Doit-on laisser l’appréciation de la portée de ce que l’on dit à ceux qui l’expriment ? Ou faut-il limiter davantage la liberté d’expression, puisque certains ne s’autorégulent pas eux-mêmes (Ex : rétablir le blasphème comme délit ?). Mais restreindre la liberté d’expression serait une atteinte à la laïcité, qui permet d’exprimer librement son incroyance (comme sa croyance), à la démocratie (On serait sur une pente dangereuse, théocratique)…

Difficile de trancher, car il y a ici un conflit de légitimité : liberté d’exprimer son avis versus être respecté dans sa croyance (Max Weber dirait : « éthique de conviction » versus « éthique de responsabilité »). Il faut donc hiérarchiser entre des valeurs, ce qui constitue un dilemme moral. Celui-ci ne peut être clarifié que par des argumentations contradictoires, afin de soupeser chaque point de vue et se décider en connaissance de cause.

Ne pas réduire, à cause des événements, la question de la liberté d’expression à la question religieuse. L’étranglement de la presse écrite et les puissances financières ou les pressions politiques restreignent de fait cette liberté. 50% des procès aux dessinateurs français sont le fait des multinationales…

Une réponse à “Liberté d’expression : oui mais, jusqu’où ?”

  1. Bonjour,

    Cela pourrait nous pousser un peu plus loin ton raisonnement: « Sommes nous Charlie ? « .
    C’est assez dur de se savoir si on doit se sentir concernés ou pas ?
    Je pense qu’il y a des pours et des contres (que je t’enverrais par message privé)…


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